pourquoi tu ris c’est pas drôle je t’explique une situation vraiment délicate qui m’accable arrête de rire je ne sais pas quoi faire je te demande d’arrêter je me retrouve pris en étau dans une situation qui ne me concerne pas dont je me fous complètement mais voilà maintenant je dois faire quelque chose parce que ça me concerne directement il te faut vraiment arrêter de te marrer maintenant ou je te cale mon point dans ta face de connard moi qui vient te raconter ma pénible situation parce que tu es mon ami et que tu es toujours de bon conseil et la seule chose que tu trouves à faire alors que c’est pas franchement le moment et que ce n’est pas du tout constructif dans la situation qui nous occupe en ce moment à savoir la mienne c’est de rire comme une baleine tu vas t’étouffer faut vraiment que tu fasses ton intéressant toujours tu n’as jamais su faire que ça tu me fais chier qu’est-ce que je fais moi maintenant? Je te le demande qu’est ce que je fais moi maintenant? qu’est-ce que je fais moi maintenant?
A chaque instant, la vie des personnages se divise en plusieurs branches : l’une continue sa trajectoire “normale”, l’autre meurt, ou bifurque. On se multiplie à chaque instant, donc. Et les personnages, que l’on a pas été, ou que l’on ne sera pas, nous regardent (oui parce que eux ILS VOIENT - là où notre trajectoire “normale” n’est que destinée aveugle).
Dans une pièce, ils s’encombrent.S’encombrer de soi-même, en quelque sorte.
Comme si plein de possibilités, trop, entassées, rendaient les pièces de notre appartement impraticables. Les “autres images de [nous mêmes] qui n’avai[en]t d’yeux que pour pleurer et de bouche que pour le blasphème” rient parfois sur le pont des arts (pas le pont neuf, non pas celui-ci), mais s’entassent derrière nous sur les bancs des facultés, nous écrasent dans le métro, nous donnent les regrets des choses de l’enfance presque effacées.
Rooo, mais après tout un spectre est vite noyé.
Comme il y avait Pygmalion qui faisait une statue dans de l’ivoire puis du marbre et Narcisse qui se regardait dans le miroitement des eaux limpides mais figées, on se promenait nu dans l’appartement. Il y a l’impression parfois que l’espace est rempli de tous ces personnages qui sont dans les livres. Ils seraient sortis des pages, les personnages de papiers qui prennent corps et forme et chair, et ils feraient leur vie – au-delà du récit. Dans ces lieux. Et l’appartement se découperait en milliers de petits espaces (ou grands d’ailleurs, des ressources inattendues de l’appartement) dans lesquels chacun ne verrait pas les autres personnages, mais je les observerais tous et tous m’observeraient en retour. Sans interaction entre eux. Roquentin et Peter Kien, Peter Aaron et Eugénie Grandet et le docteur Rieux et Roméo et Hémon qui agonisent et Siegfried qui se fait tuer dans le dos. Les traîtres. C’est à ce moment que l’air devient étouffant, parce que bien entendu qu’il n’y a pas de place pour eux tous – pas seulement ceux sus-cités, ce ne sont que des exemples, finalement, il y en aurait des milliers d’autres. Mais l’air se compromet dans toutes ces tristesses et ces joies ces négligences ces désinvoltures ces détachements et les essais et les échecs et les angoisses et les autres choses qui ne se disent pas/plus. Et l’ambiance ça devient les marchés d’encens avec toutes les odeurs qui se mélangent et montent à la tête et l’impression de l’irrespirable (il y a aussi le trop plein de café avec des heures de sommeil manquantes: ça fait les tremblements imperceptibles, il ne me faudrait pas négliger les tremblements). En une seule personne qui les encaisse. Et le panorama donne le tournis et les voies qu’ils explorent, chacun dans son histoire est une part de la vie ou de la vérité et alors c’est un brouillard pour savoir dans laquelle je m’engage et laquelle je vais suivre. Il faudrait que leur passage ne soit qu’éphémère. S’inscrire à la bibliothèque municipale.
Ceci est un nouveau blog (collectif) où la voie/x est double mais indistincte.
Il prend corps aujourd’hui.
Constituera la base de la suite du [projet 1]. Une sorte de [projet 2].
SL & CCZ

