Comme il y avait Pygmalion qui faisait une statue dans de l’ivoire puis du marbre et Narcisse qui se regardait dans le miroitement des eaux limpides mais figées, on se promenait nu dans l’appartement. Il y a l’impression parfois que l’espace est rempli de tous ces personnages qui sont dans les livres. Ils seraient sortis des pages, les personnages de papiers qui prennent corps et forme et chair, et ils feraient leur vie – au-delà du récit. Dans ces lieux. Et l’appartement se découperait en milliers de petits espaces (ou grands d’ailleurs, des ressources inattendues de l’appartement) dans lesquels chacun ne verrait pas les autres personnages, mais je les observerais tous et tous m’observeraient en retour. Sans interaction entre eux. Roquentin et Peter Kien, Peter Aaron et Eugénie Grandet et le docteur Rieux et Roméo et Hémon qui agonisent et Siegfried qui se fait tuer dans le dos. Les traîtres. C’est à ce moment que l’air devient étouffant, parce que bien entendu qu’il n’y a pas de place pour eux tous – pas seulement ceux sus-cités, ce ne sont que des exemples, finalement, il y en aurait des milliers d’autres. Mais l’air se compromet dans toutes ces tristesses et ces joies ces négligences ces désinvoltures ces détachements et les essais et les échecs et les angoisses et les autres choses qui ne se disent pas/plus. Et l’ambiance ça devient les marchés d’encens avec toutes les odeurs qui se mélangent et montent à la tête et l’impression de l’irrespirable (il y a aussi le trop plein de café avec des heures de sommeil manquantes: ça fait les tremblements imperceptibles, il ne me faudrait pas négliger les tremblements). En une seule personne qui les encaisse. Et le panorama donne le tournis et les voies qu’ils explorent, chacun dans son histoire est une part de la vie ou de la vérité et alors c’est un brouillard pour savoir dans laquelle je m’engage et laquelle je vais suivre. Il faudrait que leur passage ne soit qu’éphémère. S’inscrire à la bibliothèque municipale.